J'ai longtemps hésité avant de prendre la plume pour vous écrire cette lettre, et même à présent, moi qui suis une lyrique par excellence, je me retrouve démunie devant cette page désespérément blanche, et j'en suis réduite à me poser toutes ces questions que je ne me pose d'ordinaire jamais avant de me lancer dans la rédaction d'un texte. Je ne sais trop comment le dire sans que tout s'en aille, que les morceaux de ma vie se diluent dans le néant...
C'est avant tout une tentative pour vous tendre la main, un pas dans votre direction, vous qui m'impressionnez tant, sans doute car vous représentez une autorité de référence... Vous me semblez parfois tellement étranger au monde qui vous entoure, perdu dans vos rêves de gloire ou d'un bonheur que vous tendez à atteindre. J'ai parfois peur que vous vous envoliez tel un oiseau, et que je ne puisse plus vous atteindre... Je voudrais vous attirer par une brise délicate, et vous reposer en douceur sur le sol, pour ne pas vous faire de mal... J'aimerais que l'espace d'un instant, votre regard se pose sur mon visage, avant que vous ne détourniez les yeux précipitemment, pour oublier bien vite... J'aimerais que vous serriez ma main très brièvement, avant de reprendre conscience de votre réalité, tandis que mon fantôme éthéré s'en irait se perdre dans les limbes de votre mémoire...
La seconde partie est plus difficile encore à exprimer, concernant les rêves et les mirages...
J'aimerais m'appeler Thalie, rien qu'une journée, rien qu'un moment fugace, une minute de vie furtive, qui irait se cacher dans l'embrasure d'une porte une fois le morceau joué... Je monterais jusqu'à la lune et j'en arracherais quelques perles de diamant, quelques carats de richesse et d'amour, quelques pépites de lumière et de gloire, pour que le monde m'adule, et je reviendrais déposer devant la porte des mirages mon diadème, mon collier de perles et ma robe de soie... Ainsi, quand votre coeur vous porterait d'aventure à vagabonbder, vous trouveriez devant la porte de vos rêves les fragments de lumière que j'y aurais laissés, peut-être par oubli, ou alors à dessein, pour qu'ils viennent vous apporter le bonheur.
Alors, vous vous demanderiez sans doute qui vous aurait laissé ces présents, et vous chercheriez... Pour trouver une éventuelle muse, qui vous apporterait l'inspiration nécessaire, mais vous ne saisiriez que quelques lambeaux de rêves accrochés à un rosier, que quelques senteurs florales en suspens dans l'air ambiant... Vous ne parviendriez qu'à saisir une ombre, que vous appelleriez Thalie, par dérision ou par envie subite, et qui vous apporterait un peu de cette inspiration que vous auriez cherché.
Quand un beau jour, j'aurais maintenu mes artifices un peu plus longtemps que de coutume, vous auriez pu voir mon visage, saisir dans ma main une étoile aussi brillante que le soleil, et ramasser sur l'herbe verte une pierre rouge, légèrement poreuse, comme un cristal fragile, que vous auriez mis dans votre poche sans plus y songer, pour l'oublier bien vite...
Il faut que vous preniez garde à ne pas laver votre veste en y oubliant la pierre rougeoyante, qui se briserait alors en un amas de fragments tranchants qui enrayeraient votre machine et déchireraient votre veste... Sans qu'une muse vienne l'emporter dans son univers pour la repriser avec soin. Alors, je vous en conjure, faites attention...
Sachez juste, que si vous demandez à Thalie de vous décrocher la Lune, elle vous l'apportera sur un plateau d'argent, agrémentée d'étoiles de rêve et de comètes d'espoir...

