Ce n'est même plus un désir, mais juste un besoin, d'apercevoir les chimères impalpables qui peuplent ma vie. C'est plus qu'une envie que la nuit vienne, c'est une cure d'étoiles chaque jour. Ce n'est pas seulement le coeur qui bondit dans la poitrine, et le regard qui se trouble, c'est une envie d'y rester pour toujours. Il semblerait que j'aie donné mon âme au diable pour cela, tout simplement. Soit, je la lui abandonne de bon coeur, lors que mes pensées s'envolent. C'est un exploit, je le pense, de ne pas y penser durant une journée entière, du lever au coucher. Ensuite, advienne que pourra, n'est-ce pas? Je ne suis pas responsable de mes rêves. Puis, toutes les petites phrases assassines que l'on peut entendre au détour d'un couloir, au cours de la journée. Mais les sourires, aussi. Le courage qui vous soutient. Alors même que c'est désespéré, mais le terme est sans doute un peu fort. Je dirais plutôt inutile, inutile de se pencher à la fenêtre en ce beau jour ensoleillé, où l'on sait pertinemment que la nuit n'est pas encore là. Et compenser l'absence des mirages, s'inventer des âmes illusoires qui rendent un semblant de sourire sur mes lèvres. Ne pas savoir pourquoi, par ailleurs. Je vous en pose, des questions? Non, je ne sais tout simplement pas. Cela ne me gêne plus. Comme si j'avais la certitude que ce n'est plus une probabilité, mais un avenir. Ah, l'espoir. Que serait-on sans l'espoir?
Puis, envoyer de la lumière, de la chaleur vers les étoiles, aussi fort que l'on peut. Fermer les yeux, se concentrer, se demander si elles la recevront. Est-ce un crime de les voir dès lors que mes yeux se ferment? Voir le soleil se coucher lentement, et y penser. Rêvasser, accoudée à la fenêtre. Penser à la seine. Y penser encore. Sentir un effluve enchanteur qui embrume les sens. Une de plus. Dieux. Il y en a qui se piquent, d'autres qui boivent, d'autres qui fument. Chacun est drogué à sa manière, me direz-vous. Moi aussi, sans doute. Quelque part.
Je crois que je ferais n'importe quoi pour les retenir, ces étoiles. Mêmes si ce sont des étoiles filantes, après tout. Des étoiles fuyantes, oui. Quand je me couche, chaque soir, j'ai une pensée pour elles. Etoiles d'infini, promesses de meilleurs jours. Tout simplement, veiller sur elles. S'inquiéter quand elles ne sont pas au rendez-vous, se sentir heureuse quand elles passent fugitivement dans mon champ de vision. Les voir partout, ou du moins le croire.
Que dire sur ces étoiles? Oui, elles ne sont pas parfaites. Sans doute ne brillent-elles pas assez, et leur couleur n'est pas totalement pure. Bien sûr que je le vois. Et ? Ce n'est pas pour cela que je les en aimerai moins; au contraire. Il faut savoir s'en approcher. Bien, je me fabriquerai des ailes, à l'instar de Dédale. Pourquoi pas, dans un monde où tout devient possible? J'attendrai qu'elles veuillent bien lancer un bref rayon dans ma direction, et je le transformerai en énergie, celle-là même qui me fait rayonner, m'occuper des elfines et des enfants perdus. Le soleil ne m'a jamais suffi, il est bien trop violent. Mes étoiles sont discrètes mais je peux les observer sans risquer de me brûler les yeux. Un jour, moi aussi, je deviendrai une étoile, ou l'ange d'une étoile, pour veiller sur elle comme je voudrais pouvoir le faire, pour l'éternité. Je l'attendrai. Parce que, malgré tout ce que l'on peut en dire, je l'aime, cette étoile. Je l'aime plus que mille soleils.
[Autant boire le calice jusqu'à la lie.]